Transfert de la terre aux jeunes, exhortent les gouvernements

« Les décisions concernant l’utilisation des terres en Afrique sont prises par les personnes âgées, impliquant rarement les jeunes, ce qui laisse les jeunes sans réelles responsabilités de gestion et peu de possibilités d’investissement et de croissance économique », déclare Edson Mpyisi, Économiste financier en chef et Coordinateur de l’Initiative « Autonomiser les jeunes » du Groupe de la Banque africaine de développement lors des sessions de petits groupes sur le thème, « L’accès à la terre pour les femmes et la jeunesse et la gestion de l’environnement » lors de la Conférence sur la politique foncière (CLPA 2017) qui se déroule actuellement, à Addis-Abeba.

En raison de l’absence de terres et de la pression démographique, les subdivisions de terres se manifestent à travers le continent. Cependant, la subdivision des terres entre un grand nombre de frères et sœurs peut conduire à des parcelles fragmentées et non viables, laissant les jeunes sans terres ou devenant des utilisateurs de droitssecondaires.

Dans d’autres parties de l’Afrique subsaharienne, en particulier dans les zones arides et semi-arides, la terre est considérée comme une propriété communautaire - avec peu ou pas de fragmentation. Dans ces circonstances, les jeunes sont souvent traités comme des ouvriers agricoles ou des travailleurs familiaux non rémunérés dans les prairies.

« En Afrique, le système de gestion des terres est principalement basé sur la coutume. Cela implique que les droits à la terre et à la propriété sont souvent faibles et imprécis – l’héritage de la terre est souvent le mécanisme prééminent par lequel les jeunes ont accès à la terre », déclare Mpyisi.

De plus, les jeunes en Afrique perçoivent souvent la corruption dans l’administration foncière comme un obstacle insurmontable à l’esprit d’entreprise et à l’accès à l’emploi.

La CLP2017 met l’accent sur les jeunes en tant qu’agents du changement en Afrique

Les intervenants à la conférence notent que le transfert de terres aux jeunes est complexe et que cela limite l’accès qui doit changer.

« Les 420 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans peuvent être impliqués dans l’exploitation de ces ressources, en particulier dans l’agriculture, la fabrication et l’industrie », déclare DrAbdalla Hamdok, Secrétaire exécutif adjoint et Économiste en chef de la CEA.

Chrispin Matenga, Conférencier au Département d’études de développement,à l’Université de Zambie, dit que les jeunes en particulier ceux qui sont éduqués, ne voient pas leur avenir dans l’agriculture, en particulier pas dans les modèles d’exploitations et de plantations.

L’Afrique du Sud a été citée comme un exemple où la question foncière est au centre des discours politiques et économiques actuels.

« Les jeunes en Afrique du Sud sont au centre des problèmes fonciers, les partis politiques poussant les jeunes à devenir des avant-gardistes de la transformation économique radicale », indique Admire Nyamwanza du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSS) du Cap.

Pour s’assurer que les jeunes sont inclus dans les questions foncières, on recommande qu’ils aient une voix forte dans les décisions politiques et la mise en œuvre relatives au foncier. En outre, un plaidoyer axé sur les jeunes est nécessaire pour améliorer la sensibilisation et l’autonomisation des jeunes. De plus, les ventes de terres et les marchés de location doivent être adaptés à la situation des jeunes, et des arrangements tels que le métayage devraient être facilités en tant que mécanismes d’accès à la terre.

Le programme « Autonomiser les jeunes » de la Banque permet aux jeunes d’établir et de gérer leurs propres entreprises agroalimentaires le long de la chaîne de valeur agricole.

«Les composantes clés du programme consistent à renforcer l’environnement propice à l’emploi décent des jeunes dans les pays membres, à développer l’incubation agroalimentaire, à faciliter l’accès au financement pour les jeunes entrepreneurs agricoles et à encourager les entreprises tout le long du système alimentaire».

« Plus de 30 pays ont exprimé leur intérêt pour le soutien de la Banque dans la mise en œuvre des projets « Autonomiser les jeunes » dans leurs pays. Six projets (dans 6 pays) portant sur ledit programme ont été approuvés par la Banque pour un montant total de plus de 500 millions de dollars américains ».

Les données montrent qu’entre 11 et 12 millions de jeunes entrent sur le marché du travail en Afrique - alors que seulement 3 millions d’emplois sont créés chaque année - laissant un déficit de 8 à 9 millions de jeunes.

De plus, les jeunes sont 2 à 3 fois plus susceptibles que les adultes d’être au chômage. La majorité des jeunes travailleurs sont pauvres et occupent des emplois vulnérables et de qualité médiocre dans le secteur informel.
Aujourd’hui, 35% de jeunesafricains, soit 143 millions de personnes, sont sous-employés, sans emploi ou inactifs. D’ici 2025, il y aura 181 millions de jeunes sans emploi stable.

Si elle est bien exploitée, une population croissante en âge de travailler pourrait soutenir une productivité accrue et une croissance économique plus forte. En cas inverse - elle pourrait être une menace.